2011
Après avoir été confronté sur le sujet par une très grosse compagnie, puis par une compagnie en développement, puis par un étudiant, j’aimerais prendre un peu de temps pour vous parler du travail spéculatif et de ses points néfastes tant pour le travailleur, l’entreprise et notre industrie.
Premièrement, de quoi parlons-nous? Le travail spéculatif vise la création pour un client d’un produit qui est non rémunéré, ou très peu, dans l’optique d’obtenir de nouvelles connaissances, un nouveau client, une nouvelle pièce à mettre à votre portfolio ou toute autre raison.
Cet article vise plus particulièrement les sites de concours de type à la 99designs, plus souvent connu sous le nom de crowdsourcing, marchant sur le principe qu’une entreprise fourni les détails de son logo, fixe un prix (souvent ridicule) et attend sur une période de temps fixe les offre des designers pour finalement en choisir un en payant uniquement le designer gagnant du fabuleux concours.
Un piège pour les artistes débutants
Les étudiants doivent être mis au courant des dangers que comportent ces sites. Quel bonheur ais-je eu en tombant sur le blogue du programme de graphisme du CÉGEP de Ste-Foy qui en faisait mention : nous sommes sur la bonne voie!
L’argent ne se gagne jamais facilement. Et lorsque c’est le cas, il y a toujours un gros perdant (ou plein de petits) quelque part.
Les entreprises flairant la bonne affaire
Quel message lancent ces entreprises?
Transposons le concept – qui est de demander plusieurs propositions complètes en même temps, de tout analyser, puis de payer que pour notre préférée – à un autre service. Ce serait comme demander de recevoir des massages de dizaines de masseurs pour finalement payer uniquement le masseur qui aura donné le meilleur massage en disant aux autres qu’ils ont, à défaut d’avoir gagner (et donc d’avoir été payé), acquis de l’expérience dans leur domaine.
Rien de bon pour notre industrie
L’un des problèmes majeur réside dans le mystère entourant la conception graphique. Il est en effet très facile de croire que, puisque le tout est fait avec un ordinateur, le processus est relativement simple, voir même automatisé, et que, par conséquent, l’élaboration visuelle d’une marque, d’un produit ou de tout autre ne mérite pas l’argent demandé par les compagnies spécialisées dans le domaine.
En contribuant à ces sites, vous n’aiderez nullement la cause et, par le fait même puisque c’est votre domaine, la vôtre.
L’AIGA émet son opinion sur le sujet via cet article :
AIGA believes that professional designers should be compensated fairly for their work and should negotiate the ownership or use rights of their intellectual and creative property through an engagement with clients.
Le grand gagnant
On pourra toujours sortir une histoire miracle comme quoi telle personne s’est faite engagée par une grosse firme après avoir utilisée ce genre de site ou est devenu millionnaire. On peut aussi, dans la même lignée, parler des gagnants à la loterie : détourner le regard sur une minorité non représentative en vendant du rêve. Disons-le franchement : dans la réalité, le seul et unique grand gagnant des concours de travail spéculatif est l’entreprise qui exploite le site en se prenant un pourcentage du maigre salaire payé aux designers.
En conclusion
Le travail de sensibilisation et d’information dans l’industrie de la conception graphique, et par extension du Web, est colossal. La lutte n’est pas seulement envers ce type de sites. Que de pseudo experts en design, en conception Web, en référencement. Sans oublier ces logiciels et ces sites tout-en-un pour laisser le travail entre les mains du client (puisque ça se fait sur les ordinateurs, c’est tellement facile!). Il nous faudra par la suite réparer ces pots cassés tout en travaillant avec un client réticent puisqu’il s’est soit déjà fait escroqué, soit dépensé beaucoup de temps dans son projet, soit les deux.
Ensemble, en prenant le temps d’écrire sur le sujet, de s’asseoir avec les clients, nous pouvons redorer l’image de notre industrie et être finalement vu comme de vrais travailleurs.
Let’s do it, let’s bring some respect back to our trade, let’s earn a healthy wage from our time and talent. Let’s do it.
- Ben O’Brien
Ton billet fait ressortir un point important dans ce débat: La concurrence mondiale avec des sites à 99designs vous pousse à être plus complétitifs et mettre l’accent sur la valeur ajoutée.
Je dis « vous », mais c’est « nous », autant programmeurs, stratèges, SEO, designers, etc.
Quand on a pas le choix des alternatives, le fournisseur de services à la gros bout du bâton.
Oups. Le gars en inde peut maintenant lui aussi faire un logo pour le dixième du prix. Mieux encore, des dizaines de personnes soumettent leur design pour espérer gagner le prix.
Pour le client, c’est merveilleux. Soit il obtient un beau design pour pas cher, soit son fournisseur local lui offre un service 5 étoiles avec d’autres avantages intangibles que le pakistanais ne pourra offrir ET qui justifiera son tarif (beaucoup) plus élevé.
Ça pousse les gens d’ici et mieux informer et éduquer les clients aux avantages et bénéfices de faire affaires avec eux plutôt qu’avec des gens de l’autre bout du monde. Ça force à vous mettre en valeur. Perso, je trouve ça bon pour l’industrie justement, ça nous débarasse des corps morts, des intrus et de ceux qui n’apportent aucune valeur.
Pour ce qui est de l’exploitation de ces gens, c’est un non-sens parce qu’on leur envoie de l’argent qu’ils n’auraient pas autrement. Ça fait croître leur PIB et plusieurs en vivent. Ceux qui étaient pauvres auparavant peuvent maintenant avoir un salaire décent avec un peu de talent, un ordinateur et une connexion Internet.
Bref, l’écosystème compétitif devient plus complexe, mais a toujours le même objectif: Rendre meilleur. Ceux qui s’adaptent vont bien s’en sortir, les autres vont crever. Comme quand le frigidaire est arrivé, les vendeurs de glace ont eu la vie dure et comme les centres d’appels en Inde ont fait la vie dure aux téléphonistes ici
Tout à fait d’accord avec toi Stéphane.
Je tentais de viser avec cet article le travailleur (d’ici, et non de l’Inde) plus que les clients.
C’est un peu comme la restauration rapide vs. les restaurants traditionnels : si tu veux apprendre a être un bon cuisinier et à te faire respecter dans ton domaine, c’est pas en retournant des hamburgers que tu vas gagner l’expérience nécessaire pour l’être